mercredi 10 avril 2013

Printemps coréen: Shim Chong, fille vendue, de Sok-Yong Hwang


Voici mon premier billet dans le cadre du challenge "Printemps Coréen" organisé par Catherine, mais aussi mon quatrième pour le challenge "Je t'aime, moi non plus" de RoroBouquine (je suis assez fière de moi, j'ai réussi à faire d'une pierre deux coups, haha).

Comme j'ai pu le mentionner précédemment, je ne connais strictement rien à la littérature coréenne. Et pour tout dire, j'ai choisi cette lecture un peu au hasard, simplement parce que le titre m'a interpellée, sans me renseigner ou regarder quels pouvaient être les avis d'autres lecteurs.



Lecture et dîner qui (pour une fois) s'accordent. En bonus: chat en plein étirement en arrière-plan
Shim Chong, fille vendue
Sok-Yong Hwang
Editions Points

 L'histoire:



Chong est une toute jeune fille vivant en Corée, avec son père aveugle et sa belle-mère. La famille a bien du mal à joindre les deux bouts et décide donc de vendre Chong à des commerçants chinois. Arrivée en Chine, la jeune fille est rebaptisée Lenhwa ("lotus") et revendue à une riche famille pour y devenir la concubine du chef de famille, un vieil homme qui lui fera découvrir la sexualité. A la mort de ce dernier, Chong, ne voulant pas être à nouveau vendue, convainc le fils cadet de la famille, propriétaire d'une maison close, de l'emmener avec lui pour qu'elle puisse y travailler. Elle y découvre donc le métier difficile de courtisane. Fière et courageuse, la jeune fille brave les humiliations et transforme cette profession imposée en un choix de vie qui va la mener tour à tour à Formose, Singapour, mais aussi à Okinawa et au Japon, et lui permettre aussi bien de gravir l'échelle sociale de manière fulgurante que de trouver l'amour.

"Chong sentit une goutte lui tomber sur le dos de la main. Ce n'est qu'en l'essayant qu'elle se rendit compte que c'était une larme. Cette chanson lui avait rappelé tout d'un coup - pour la première fois depuis qu'elle avait quitté son pays natal - son enfance, le village où elle mendiait, ses longues marches dans les collines jusqu'au bourg voisin dans l'espoir de trouver un peu de riz. "


Mon avis:


Quand j'ai commencé ma lecture, je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Vu le thème abordé (le commerce de l'humain), plutôt à une histoire très dure. Et durs, les faits exposés tout au long du roman le sont. On suit de manière très détaillée le quotidien d'une prostituée asiatique du XIXème siècle dans tout ce qu'il a de plus tragique: les humiliations, les maladies, le manque d'argent... Pourtant, je n'ai ressenti ni pitié, ni tristesse pour la jeune Chong. Et pour cause, Hwang a fait de son héroïne un personnage qui ne subit pas mais qui agit pour sortir de la misère, qui sait tirer le meilleur parti de toute chose, bref, un personnage très fort. Peut-être un peu trop fort d'ailleurs, car si les évènements de la vie de Chong sont décrits de manière presque exhaustive, ses sentiments et relations avec les autres sont trop survolés, la faisant paraître parfois à la limite de l'insensible. Dommage, même cela ne m'a pas empêchée de m'attacher à cette jeune femme et de vouloir connaître à chaque fois un peu plus la suite de ses aventures.

Bon point également sur l'écriture, dense, sans fausse pudeur, mais avec suffisamment de retenue et de subtilité pour nous conter ce quotidien difficile (et forcément très sexuel par moments) sans lourdeur ni sensation de voyeurisme. Quant aux différents termes ayant trait aux cultures asiatiques, ils sont expliqués aux néophytes tels que moi dans un très utile petit glossaire, facilitant ainsi grandement la lecture.

Néanmoins, je dois quand même mentionner un point qui m'a périodiquement gênée, mais qui plaira certainement à d'autres : "Shim Chong, fille vendue" n'est pas seulement l'histoire d'une jeune prostituée, c'est aussi un véritable roman historique. Hwang nous y retrace ainsi l'Histoire de ces pays (Corée, Chine et Japon), leurs relations avec l'Occident, et leurs commerces de l'époque (thé et opium notamment) de manière extrêmement documentée, trop documentée pour moi. J'ai évidemment apprécié d'en apprendre un peu plus sur le passé de l'Asie (continent dont je connais bien mal l'Histoire), mais l'abondance de détails historiques m'a parfois plombé la lecture. Difficile pour moi d'accrocher à des pages entières de détails techniques sur le commerce de l'époque. J'aime l'Histoire, mais pas à ce point, et surtout, pas de cette manière.

Ce bémol mis à part, une bien agréable lecture pour démarrer le challenge Printemps coréen!

Note: 7/10





Salsifi Papillon

3 commentaires:

  1. J'avais trouvé ce récit très éprouvant sur les premières pages, avec les détails bien crus qui sont gravés à vie dans ma méoire.:) Mais j'ai trouvé très intéressant le parti pris de l'auteur d'exploiter cette célèbre légende coréenne en une exposition de la prostitution dans toute sa splendeur, si je puis dire. Un roman pas évident, souvent perturbant, mais qui au final m'aura marquée positivement.

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    1. Je pensais justement que j'aurais moi aussi été plutôt marquée par ces scènes dures et très explicites, mais étrangement, c'est passé comme une lettre à la poste si je puis dire. Je dois devenir blasée :)

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  2. Merci Salsifi pour cette note de lecture dans le Printemps coréen. Je n'ai pas lu ce roman mais je l'avais déjà croisé dans le Dragon 2012 et il est noté car il m'intéresse mais je pense qu'il faut le lire tranquillement, pendant des vacances par exemple. Bonne continuation (du cinéma ensuite ?) et bon weekend.

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